Marchand de Biens : Définition et Fonctionnement

5 min
Anton JegoAnton Jego
Marchand de Biens : Définition et Fonctionnement

Marchand de biens : définition complète, cadre juridique, fiscalité avantageuse et fonctionnement de l'activité d'achat-revente immobilière en France.

Marchand de Biens : Définition et Fonctionnement

Le marchand de biens est un acteur incontournable du marché immobilier français. Pourtant, son rôle reste souvent méconnu du grand public, confondu tantôt avec celui d'un agent immobilier, tantôt avec celui d'un promoteur. Que recouvre exactement cette activité ? Quel est son cadre juridique ? Comment fonctionne une opération d'achat-revente ? Ce guide complet vous apporte toutes les réponses pour comprendre la définition du marchand de biens et les mécanismes de cette profession.

Qu'est-ce qu'un marchand de biens ? Définition

Un marchand de biens est un professionnel de l'immobilier dont l'activité principale consiste à acheter des biens immobiliers (appartements, immeubles, terrains, fonds de commerce) dans le but de les revendre avec une plus-value, généralement après les avoir rénovés, divisés ou valorisés d'une manière ou d'une autre.

Contrairement à une idée reçue, le marchand de biens n'est pas un statut juridique à part entière. C'est une activité commerciale définie par sa nature : l'achat-revente habituel de biens immobiliers. La qualification de marchand de biens découle de la pratique répétée de cette activité, et non d'un diplôme ou d'une carte professionnelle.

Note

Point clé

Le marchand de biens n'a besoin d'aucun diplôme ni carte professionnelle (contrairement à l'agent immobilier). C'est le caractère habituel de l'achat-revente immobilière qui définit l'activité. En revanche, il doit obligatoirement s'immatriculer au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS).

Le marchand de biens intervient sur l'ensemble du spectre immobilier : logements anciens, immeubles de rapport, locaux commerciaux, terrains constructibles, et même des parts de sociétés immobilières. Sa valeur ajoutée réside dans sa capacité à identifier des opportunités, à transformer des actifs et à fluidifier le marché en remettant en circulation des biens souvent délaissés.

Le cadre juridique du marchand de biens

L'activité de marchand de biens repose sur plusieurs textes fondamentaux du droit français. Bien qu'il n'existe pas de « statut » spécifique, le cadre juridique est clairement établi.

Le Code de commerce : l'article L.110-1

L'article L.110-1 du Code de commerce constitue le socle juridique de l'activité. Il qualifie d'acte de commerce « tout achat de biens immeubles aux fins de les revendre ». Dès lors que cette activité est exercée de manière habituelle, la personne acquiert la qualité de commerçant au sens de l'article L.121-1 du même code.

Conséquence directe : le marchand de biens est soumis aux obligations comptables des commerçants et relève du tribunal de commerce en cas de litige.

Le Code général des impôts : les articles 257 et suivants

Sur le plan fiscal, l'activité de marchand de biens est encadrée par les articles 257 et suivants du Code général des impôts (CGI), qui définissent le régime de TVA applicable aux opérations immobilières. Le marchand de biens est assujetti à la TVA sur ses opérations d'achat-revente, avec la possibilité de bénéficier du régime de la TVA sur la marge dans certaines conditions.

0,715 %
Taux réduit de taxe de publicité foncière pour les marchands de biens s'engageant à revendre dans un délai de 5 ans
Source: BOFIP - Impôts

Comment fonctionne une opération de marchand de biens ?

Une opération de marchand de biens suit un processus structuré, de la recherche du bien à sa revente. Chaque étape requiert des compétences spécifiques et une maîtrise rigoureuse des chiffres.

1. Sourcing et analyse de faisabilité

Le marchand de biens prospecte en permanence pour identifier des biens présentant un potentiel de valorisation, en s'appuyant sur son réseau (notaires, agents immobiliers, syndics). Il privilégie souvent les opérations off-market. Avant d'acheter, il réalise une étude de faisabilité intégrant le prix d'acquisition, les frais, le coût des travaux et le prix de revente estimé. L'objectif : dégager une marge brute d'au moins 20 %.

20 à 35 %
Marge brute moyenne réalisée par les marchands de biens sur une opération d'achat-revente immobilière
Source: Modèles de Business Plan

2. Acquisition et financement

Le financement repose sur un mix de fonds propres et de dette bancaire (crédits de portage de 12 à 24 mois). Certains marchands de biens font également appel à des co-investisseurs privés pour compléter leur apport sur des opérations de taille importante.

3. Valorisation et revente

La valorisation est le coeur du métier : rénovation complète, division en lots, changement de destination (bureaux en logements) ou découpage foncier. C'est cette transformation qui crée la plus-value. La dernière étape consiste à revendre le bien transformé, idéalement dans un cycle de 12 à 18 mois pour limiter les frais de portage.

Attention

Attention au délai de revente

Le marchand de biens qui bénéficie de droits de mutation réduits (0,715 %) doit revendre le bien dans un délai de 5 ans (ou 2 ans en cas de revente par lots). En cas de non-respect de cet engagement, il devra s'acquitter du taux normal de 5,80 % majoré de pénalités.

La fiscalité du marchand de biens

La fiscalité est un élément central de l'activité de marchand de biens. Elle présente à la fois des avantages significatifs et des contraintes strictes. Voici les principaux mécanismes à connaître.

Les droits de mutation réduits

Un particulier paie des droits de mutation d'environ 5,80 % du prix d'achat. Le marchand de biens, en s'engageant à revendre dans un délai de 5 ans, bénéficie d'un taux réduit de 0,715 %. Cet avantage fiscal considérable est la contrepartie de son rôle de fluidificateur du marché.

La TVA sur marge

Le régime de la TVA sur marge permet de ne payer la TVA (20 %) que sur la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. Ce régime s'applique lorsque le bien a été acquis sans TVA déductible (par exemple, auprès d'un particulier). Sinon, la TVA s'applique sur le prix total avec déduction de la TVA payée en amont.

L'imposition des bénéfices

Les bénéfices réalisés par le marchand de biens sont soumis à l'impôt sur les sociétés (IS) s'il exerce en société (ce qui est quasi systématique), au taux normal de 25 %. Le régime des plus-values des particuliers ne s'applique pas : les gains sont considérés comme des bénéfices commerciaux, sans abattement pour durée de détention.

6,41 %
Taux majoré des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) pour l'achat d'un bien immobilier ancien, applicable dans la majorité des départements depuis avril 2025
Source: MeilleureSCPI

Les types d'opérations réalisées par un marchand de biens

Les marchands de biens interviennent sur une grande variété d'opérations. Voici les plus courantes :

  • Achat-rénovation-revente : acquérir un bien dégradé, le rénover intégralement et le revendre au prix du marché. C'est l'opération la plus classique.
  • Division d'immeuble : acheter un immeuble entier et le revendre en lots séparés (appartements individuels). La somme des lots est généralement supérieure au prix de l'immeuble entier.
  • Changement de destination : transformer des bureaux en logements, un local commercial en appartement, ou un bâtiment agricole en habitation. Ces opérations nécessitent des autorisations d'urbanisme.
  • Découpage foncier : acheter un grand terrain et le diviser en parcelles constructibles pour les revendre séparément.
  • Vente à la découpe : acquérir un immeuble locatif et revendre chaque lot individuellement, souvent après congé des locataires.
  • Portage et revente en l'état : dans certains cas, le marchand de biens revend un bien sans transformation, en ayant simplement identifié une opportunité d'arbitrage sur le prix.
921 000
Transactions de logements anciens réalisées en France sur 12 mois glissants à fin septembre 2025, en hausse de 11 % sur un an
Source: Conseil supérieur du notariat

Marchand de biens, agent immobilier, promoteur : quelles différences ?

Ces trois métiers de l'immobilier sont souvent confondus. Pourtant, leurs modèles économiques et leurs rôles sont fondamentalement différents.

CritèreMarchand de biensAgent immobilierPromoteur immobilier
Activité principaleAchat-revente de biens existantsIntermédiation (mise en relation acheteur/vendeur)Construction de biens neufs
Propriétaire du bienOui, il achète en son nomNon, il ne possède jamais le bienOui, il construit sur un terrain acquis
Source de revenusPlus-value à la reventeCommission (% du prix de vente)Marge sur la construction
Carte professionnelleNon requiseObligatoire (carte T)Non requise (mais garanties obligatoires)
Risque financierÉlevé (capital immobilisé)Faible (pas d'investissement)Très élevé (construction)
RéglementationCode de commerce (L.110-1)Loi Hoguet (1970)Code de la construction
Durée type d'opération12 à 18 moisQuelques semaines à mois2 à 5 ans
TVA applicableTVA sur marge ou sur prix totalTVA sur la commissionTVA sur le prix de vente (20 %)

Le marchand de biens se distingue par le fait qu'il prend le risque financier de l'opération. Sa rémunération est une plus-value, pas une commission, ce qui implique un risque bien supérieur. Pour approfondir, consultez notre guide complet sur le marchand de biens.


Les risques du métier de marchand de biens

L'activité de marchand de biens est potentiellement lucrative, mais comporte des risques qu'il convient de mesurer.

  • Risque de marché : une baisse des prix immobiliers entre l'achat et la revente peut annuler la marge.
  • Risque de liquidité : si le bien ne se vend pas dans les délais, les frais de portage grignotent la rentabilité.
  • Risque de travaux : les dépassements de budget et vices cachés peuvent alourdir la facture.
  • Risque fiscal : le non-respect des engagements de revente entraîne la perte des avantages fiscaux et des pénalités.
  • Risque juridique : contentieux avec les acquéreurs, problèmes d'urbanisme... Le marchand de biens est soumis aux garanties d'un vendeur professionnel.
Conseil

Bon à savoir

Pour limiter ces risques, de nombreux marchands de biens professionnels travaillent avec des co-investisseurs qui apportent des fonds propres complémentaires. Ce modèle permet de diversifier les opérations et de mutualiser le risque entre plusieurs investisseurs.

Comment devenir marchand de biens ?

Devenir marchand de biens ne nécessite pas de diplôme, mais demande une solide préparation. Voici les étapes essentielles.

  1. Créer une société commerciale (SAS ou SARL) et s'immatriculer au RCS sous le code NAF 68.10Z.
  2. Constituer un apport suffisant : les banques demandent entre 20 % et 30 % d'apport pour financer une première opération.
  3. Se former en immobilier, fiscalité et gestion de travaux, même si aucun diplôme n'est requis.
  4. Développer un réseau : notaires, agents immobiliers, artisans, banquiers. Le carnet d'adresses est l'un des actifs les plus précieux.
  5. Commencer modestement par une opération simple (rénovation d'un appartement) avant de passer à des projets plus ambitieux.
68.10Z
Code NAF de l'activité de marchand de biens immobiliers, enregistré auprès de l'INSEE
Source: INSEE

Le marchand de biens dans l'écosystème immobilier actuel

Après une année 2024 difficile (environ 750 000 transactions dans l'ancien), le marché immobilier français a rebondi en 2025 avec plus de 920 000 transactions. Cette dynamique profite aux marchands de biens, dont l'activité est corrélée au volume de transactions. Ils jouent un rôle économique essentiel : rénovation du parc ancien, création de logements et fluidité du marché.

Le métier évolue sous l'impulsion de nouvelles tendances : la rénovation énergétique (mise aux normes DPE), la transformation de bureaux en logements et le recours croissant au co-investissement. Pour une analyse approfondie, retrouvez notre guide complet sur le marchand de biens.


Questions fréquentes sur le marchand de biens

Questions fréquentes

Faut-il un diplôme pour devenir marchand de biens ?
Non, aucun diplôme ni carte professionnelle n'est requis. Il suffit de créer une société commerciale et de s'immatriculer au RCS. Des compétences en immobilier, fiscalité et gestion de travaux sont néanmoins indispensables.
Quelle est la différence entre un marchand de biens et un agent immobilier ?
L'agent immobilier est un intermédiaire rémunéré par commission, sans jamais devenir propriétaire. Le marchand de biens achète en son nom, transforme le bien et le revend avec une plus-value. Il porte le risque financier de l'opération.
Comment le marchand de biens est-il imposé ?
Les bénéfices du marchand de biens sont soumis à l'impôt sur les sociétés (IS) au taux de 25 % s'il exerce en société. Il bénéficie de droits de mutation réduits à 0,715 % (au lieu de 5,80 %) s'il s'engage à revendre dans les 5 ans. La TVA s'applique soit sur la marge (différence achat/vente), soit sur le prix total selon les cas.
Quel capital faut-il pour se lancer comme marchand de biens ?
Aucun capital minimum légal n'est requis. En pratique, les banques demandent 20 à 30 % d'apport. Pour une première opération modeste, il faut prévoir entre 30 000 € et 80 000 € de fonds propres.
Quels sont les principaux risques de l'activité de marchand de biens ?
Les principaux risques sont le risque de marché (baisse des prix), le risque de liquidité (difficulté à vendre dans les délais), les dépassements de budget travaux et le risque fiscal (non-respect des engagements de revente). Une analyse rigoureuse et la diversification permettent de les limiter.
Le marchand de biens peut-il garder un bien pour le louer ?
Le marchand de biens a vocation à revendre les biens qu'il acquiert, pas à les conserver en patrimoine locatif. S'il conserve un bien pour le louer, celui-ci sort du cadre de son activité de marchand de biens et relève alors de la gestion patrimoniale classique. Il perd également les avantages fiscaux liés à l'engagement de revente (droits de mutation réduits).
Quelle forme juridique choisir pour une activité de marchand de biens ?
La SAS et la SARL sont les formes les plus courantes. La SAS offre plus de souplesse statutaire, appréciée quand plusieurs associés participent. La SARL convient aux structures plus petites. L'exercice en nom propre est déconseillé (responsabilité illimitée).